C’est une question qui m’est chère. C’est un sujet qui, en tant que femme, évidemment me concerne. Mais c’est aussi un sujet récurrent que je constate dans nos organisations et au sein de mon cabinet de thérapeute.
Je suis née en 1968, et comme légalement j’avais les même droits que les hommes, je les ai pris. Je fais partie de cette génération qui a eu le choix, légal, et a pris ses choix. Je travaille (parce que je le souhaite) et j’ai des enfants (trois filles au top !) . Je me suis mariée et suis restée mariée (parce que et lui et moi nous le souhaitions). La loi avec moi, cela s’est fait par des choix, des affirmations de soi, du travail personnel ; le chemin n’a pas toujours été simple quant au respect de mon féminin.
A 27 ans, je rentabilise en 9 mois l’agence que je viens de créer en pleine crise économique. J’ y ai mis tant d’ énergie et de passion. Maman de deux adorables filles, je jongle entre les emplois du temps de mon mari et le mien. Je ne vis pas très bien la remarque assassine d’un de mes nombreux collègues hommes responsable d’agence comme moi : « Comment tu fais Virginie ???? Tu couches ??? ». (à l’époque sur notre secteur géographique, nous n’étions que 2 femmes à tenir tout récemment cette fonction encore trop souvent réservées aux hommes ; les femmes étant leurs assistantes). Désappointée, écœurée et en colère, j’en parle à mon responsable de secteur, homme, qui me dit «Ne t’inquiète pas Virginie, c’est que tu les déranges ; ça les interpelle et ils se sentent peut être en danger ». Merci à lui à l’époque, de me donner le décodeur, remplie de ma fougue et de ma naïveté certainement. Plus tard j’ai aussi rencontré des managers ou directeurs, hommes, soutenants, comme ont pu l’être et mon père et mon mari. Pour moi, le féminin, à l’époque, n’était pas un sujet…. Et pourtant ça l’était. A l’époque, on amalgamait peut être beaucoup trop la femme et le féminin. Et du coup, j’ai, un temps, cherché à intégrer les codes masculins pour me faire accepter dans un monde du travail beaucoup constitué d’hommes, en oubliant peut être parfois trop mon féminin. Et je me suis certainement beaucoup trop mise la pression pour être irréprochable puisque dès que tu réussissais en tant que femme tu « couchais ». Quelque part de la même manière que j’avais tenu à passer un bac scientifique pour faire « comme mes frères »…
Aujourd’hui, tous les secteurs d’activités ne sont pas égaux bien sûr, mais la femme a pris et continue à prendre sa place de plus en plus. Et là encore la loi la soutient pour continuer à aller en ce sens.
Je tiens vraiment à faire un zoom sur le féminin plus que sur la femme.
Le féminin est aujourd’hui à soutenir, que l’on soit homme ou femme, dans le monde de l’entreprise. Soutenir le féminin en nous n’a pas de sexe. Je parle ici de ce que traditionnellement nous appelons le féminin :
La définition du Robert concernant le féminin est le suivant :
- De la femme ; qui est propre à la femme (contraire masculin, viril)
- Qui appartient au sexe féminin (personnage féminins d’un film)
Le Larousse parle entre autre de « qui a les caractères reconnus traditionnellement à la femme : Il a une sensibilité féminine. »
Or, comme on parle de « traditionnellement », on constate dans notre quotidien que toute femme n’est pas constituée que de féminin, comme tout homme n’est pas constitué que de masculin. Un homme peut avoir de la « sensibilité féminine » (cf Larousse), de la sensibilité tout court, de la réceptivité , soit beaucoup soit un peu et une femme de la « virilité », de la volonté d’action, de la pugnacité, soit beaucoup, soit un peu et ces parts peuvent aussi, tout autant être variables dans leur répartition tout au long de nos journées
Il est important de soutenir aujourd’hui le féminin, à savoir ce qui a pu être attribué aux femmes, le sensible, le réceptif, le relationnel. Il est important que chacun d’entre nous, nous soutenions, encore et encore, notre féminin, le féminin chez nous, le féminin chez l’autre, que l’on soit homme ou femme. Beaucoup d’hommes sont aussi en difficulté de ne pas pourvoir vivre pleinement leur « féminin », se sentant hors norme dans un monde du travail où le masculin a, longtemps, été très valorisé voir été le seul référentiel. C’est ce que je constate aussi bien en entreprise dans mes formations managériales d’une meilleure connaissance de soi ; qu’au sein de mon cabinet, quelque soient les métiers et le fonctions, quels que soient les âges.
Pour les Taoïstes, il y a déjà plus de 2000 ans, on parlait de Yin et de Yang, de féminin et de Masculin. Il y a de tout en tout. Même au moment où nous sommes le plus Yang, masculin, il y a toujours du Yin, du féminin en nous et vice versa. Nous sommes fait de ces contraires, de ces paradoxes disent les Taoïstes. Il n’y a pas de journée complète sans jour et sans nuit. Nous ne pouvons donc pas être un individu complet sans l’intégration de notre Yin et de notre Yang, de notre féminin et de notre masculin.
Cela reste un combat interne et externe pour beaucoup d’entre nous. Et nos combats externes sont au fond le reflet de nos combats internes.
Ce qui nous reste au fond à travailler, que l’on soit homme ou femme, c’est « comment faisons-nous la paix entre notre féminin et notre masculin ? ».
En psychologie, nous savons qu’en chacun de nous, il y a de nombreuses parts, qui s’accordent, discutent ou se chamaillent voire se rejettent. C’est de là que nous tenons nos névroses – et nous sommes tous un peu névrosés n’est-ce pas ?-. Parmi ces parts, il y a, entre autre notre part féminine et notre part masculine, que l’on soit de sexe masculin ou de sexe féminin. L’histoire d’origine de chacun est bien différente sans parler de l’impact de l’histoire de l’humanité, que cela se fasse consciemment ou inconsciemment. Carl Gustav Jung, médecin psychiatre, psychanalyste et ayant permis de faire de grandes avancées dans la psychologie parle de l’inconscient collectif, ce que inconsciemment nous avons intégré en nous du fait de l’histoire de l’humanité ; en fonction de ces paramètres, elles discutent plus ou moins bien entre elles chez nous. Plus elles sont en conflit en nous, plus elles seront en conflit à l’extérieur de nous. Mais plus nous apprenons à les connaitre, à les apprivoiser, à l’intérieur de nous, plus nous nous comprenons mieux nous même . Cela se travaille. Rien n’est immuable. En étant plus paisibles entre nous et nous, nous comprenons mieux les autres. Cela peut nous permettre ainsi de tendre encore plus vers l’interdépendance, l’acceptation de l’autre, dans ce qu’il est intrinsèquement, même si je ne suis pas tout à fait « comme lui » ou « comme elle ». Et notre monde collectif a besoin de cette interdépendance : je ne suis rien sans l’autre, et l’autre n’est rien sans moi. Nous sommes tous reliés.
Que de chemin réalisé dans le monde du travail, un monde historiquement très masculin, et dans le monde tout court depuis ces cinquante, ces trente dernières années sur ce sujet. Notre monde du travail sera donc complet, à l’image d’une journée complète ou d’un individu complet, que lorsqu’il aura paisiblement intégré et son masculin et son féminin.
Tant de gens se sentent concernés par le sujet. Il nous reste du chemin à parcourir, bien sûr. Mais n’occultons pas tout le travail et le chemin déjà réalisé.
L’avenir est devant nous.
Et vous, qu’en pensez-vous ?

